Première femme députée de la première législature du Bénin démocratique, ministre engagée pour la cause féminine, actrice de la société civile et modèle d’audace politique, Ramatou Baba Moussa demeure une figure emblématique du leadership féminin. À travers son parcours, c’est toute l’histoire de la lutte des femmes béninoises pour la représentation et l’égalité qui se raconte.
Le 1er avril 1991, le Bénin installe sa première Assemblée nationale issue de la Conférence des Forces Vives. Sur 64 députés, seules trois sont des femmes. Parmi elles, Ramatou Baba Moussa, une voix forte, courageuse et visionnaire. Élue 2e questeur du bureau de l’Assemblée nationale, elle marque l’histoire politique d’un pays où la représentation féminine ne dépassait pas alors les 10 %.
Son élection, au-delà d’un symbole, fut un acte fondateur pour l’émancipation politique des femmes béninoises.
Avant d’embrasser la vie parlementaire, Ramatou Baba Moussa s’était déjà distinguée dans la société civile. Elle fonda l’ONG FADES-ABORI, dédiée à la promotion de l’autonomie économique des femmes rurales, et prit la tête du Mouvement des Femmes de la Coalition des Forces Démocratiques. À travers des programmes de microcrédit, d’alphabétisation et de formation communautaire, elle fit de l’inclusion féminine une réalité palpable dans les milieux défavorisés.
En 1998, le général Mathieu Kérékou la nomme ministre de la Protection sociale et de la Condition féminine, un poste qu’elle occupe avec conviction avant de voir son portefeuille élargi, en 1999, à la Famille. À ce poste, elle initie des crèches communautaires, soutient les mères isolées, facilite l’accès aux soins prénatals et consolide les politiques de protection des femmes et des enfants. Son action, centrée sur la dignité et la solidarité, a profondément marqué la politique sociale du Bénin.
En 2001, son nom est mêlé à l’affaire du cargo nigérian MV Etireno, soupçonné de transporter des enfants victimes de traite. Ramatou Baba Moussa, alors ministre, agit avec rigueur et transparence. Après enquête, elle prouve qu’aucun enfant n’était à bord. Ce geste de clarté et de courage renforce sa crédibilité et attire l’attention sur le fléau du trafic d’enfants, ouvrant la voie à une coopération régionale accrue contre ce phénomène.
Toujours fidèle à son engagement, elle revient à l’Assemblée nationale en 2005 comme suppléante d’un député décédé. Ce retour inattendu illustre la confiance que lui témoigne la classe politique et sa détermination inébranlable à servir la nation.
Tout au long de sa carrière, Ramatou Baba Moussa a combattu les préjugés, dénoncé les inégalités de genre et plaidé pour une meilleure représentation des femmes dans les instances de décision. Son parcours illustre le courage des pionnières qui ont ouvert la voie, souvent dans un environnement politique dominé par les hommes.
Malgré les avancées notamment la réforme électorale de 2019 qui garantit désormais 24 sièges aux femmes sur 109 à l’Assemblée nationale, la parité reste un chantier inachevé. Mais les traces laissées par Ramatou Baba Moussa rappellent que chaque pas compte, chaque voix féminine conquise est une victoire sur le silence. Aujourd’hui encore, elle inspire des générations de femmes à oser. Son message demeure clair : « L’égalité ne se demande pas, elle se construit par l’action et la détermination. »
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