Le Bénin et l’Afrique ont perdu, le 2 février 2024, l’un de leurs plus illustres penseurs. Paulin Jidenu Hountondji (1942-2024), philosophe de renommée internationale, demeure une figure tutélaire de la philosophie africaine contemporaine. Son œuvre et son engagement ont profondément renouvelé la réflexion critique sur la production du savoir en Afrique.
Une pensée rigoureuse au service de l’émancipation intellectuelle
Paulin Hountondji s’est distingué par une approche exigeante et universaliste de la philosophie. Refusant toute vision folklorisante ou essentialiste de la pensée africaine, il a œuvré pour une décolonisation intellectuelle fondée sur la rigueur scientifique, l’autonomie critique et le dialogue avec les savoirs endogènes, sans concession à l’irrationalisme.
Son ouvrage majeur, Sur la « philosophie africaine » : critique de l’ethnophilosophie, publié en 1976, marque un tournant décisif. Dans ce livre fondateur, il déconstruit la notion d’une philosophie africaine collective, immuable et inconsciente — ce qu’il qualifie d’ethnophilosophie — qu’il considère comme une construction idéologique destinée avant tout à un regard extérieur, notamment européen.
Pour Hountondji, la philosophie ne saurait être une sagesse figée ou anonyme. Elle est avant tout une activité critique, individuelle, rationnelle et historiquement située. Cette position a profondément influencé plusieurs générations de chercheurs africains et au-delà.
Une œuvre intellectuelle féconde
Outre cet ouvrage emblématique, Paulin Hountondji a laissé une production scientifique dense et cohérente. Parmi ses publications les plus récentes figure Leçons de philosophie africaine (2022), édité par Bado Ndoye avec la contribution de Souleymane Bachir Diagne. Cet ouvrage synthétise sa pensée et témoigne de la vitalité de son engagement intellectuel jusqu’à ses dernières années.
Un parcours universitaire d’exception
Ancien élève de l’École normale supérieure de Paris et agrégé de philosophie, Paulin Hountondji a mené une carrière universitaire remarquable. Il a enseigné dans plusieurs institutions prestigieuses, notamment à l’Université d’Abomey-Calavi, à Kinshasa, à Lubumbashi, à Besançon et à Cotonou. Il fut également directeur du Centre africain des hautes études, contribuant activement à la structuration de la recherche scientifique sur le continent.
Un engagement politique au service du savoir
Homme de pensée mais aussi d’action, il a mis son expertise au service de l’État béninois. Il fut ministre de l’Éducation nationale de 1990 à 1991, puis ministre de la Culture et de la Communication de 1991 à 1993. À ces fonctions, il a défendu une vision ambitieuse de l’éducation, de la culture et de la valorisation des savoirs africains.
Une reconnaissance internationale méritée
La portée de son œuvre lui a valu une reconnaissance internationale. Lauréat du prestigieux Prix Prince Claus en 1999, Paulin Hountondji était également membre du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), où il a joué un rôle clé dans l’orientation des débats intellectuels africains contemporains.
Un héritage durable
Paulin Jidenu Hountondji laisse derrière lui un héritage intellectuel majeur, fondé sur la rationalité critique, l’humanisme et la réhabilitation des savoirs produits en Afrique par les Africains eux-mêmes. Sa pensée continue d’éclairer les débats sur la connaissance, l’identité et l’avenir du continent.
Par son œuvre et son engagement, il demeure à jamais l’un des grands bâtisseurs de la pensée africaine moderne.
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