Le président de la République, Patrice Talon, a livré une analyse sans détour de la réforme constitutionnelle de 2019, lors d’une conférence de presse tenue le jeudi 18 décembre 2025. Face aux professionnels des médias, le chef de l’État a admis que la limitation du nombre de mandats appliquée aux députés et aux élus communaux ne correspondait pas aux réalités du régime présidentiel béninois.
Selon Patrice Talon, l’extension de cette mesure aux élus non exécutifs relevait d’une erreur d’appréciation. La Constitution révisée en 2019 fixait en effet le mandat du député à cinq ans, renouvelable deux fois. Une disposition qui, de l’aveu même du président, s’inspirait par mimétisme du régime applicable au chef de l’État, sans tenir compte de la spécificité des rôles institutionnels.
« Limiter le nombre de mandats pour des élus qui n’exercent pas l’action exécutive peut être une erreur », a-t-il déclaré, rappelant que dans un régime présidentiel comme celui du Bénin, « l’essentiel de l’action publique est porté par le président de la République ».
Le chef de l’État a tenu à marquer une nette distinction entre les exigences liées à la fonction présidentielle et celles attachées au mandat parlementaire. Pour lui, les critères de bilan, de rythme d’action et d’efficacité opérationnelle sont déterminants pour l’exécutif, mais ne s’imposent pas avec la même intensité aux députés. « Ce qui est requis pour le président de la République ne l’est pas forcément pour un député », a-t-il insisté.
Patrice Talon a par ailleurs réaffirmé la pertinence de la limitation des mandats présidentiels, qu’il considère comme une garantie démocratique essentielle. « Il ne faut pas qu’un homme s’éternise au pouvoir », a-t-il rappelé. À l’inverse, il estime que l’expérience constitue un atout fondamental dans le travail parlementaire. « Le député le plus efficace est celui qui a de l’expérience », a-t-il souligné, évoquant des élus aguerris, plus pertinents dans leurs analyses, leurs propositions et leurs contributions législatives.
Pour le président, la réforme de 2019 a eu pour conséquence de priver le pays d’un capital d’expérience politique précieux. Il plaide ainsi pour un renouvellement des élus fondé sur la compétence et la performance, plutôt que sur une limitation automatique des mandats.
Illustrant ses propos, Patrice Talon a comparé la vie politique à d’autres domaines professionnels, notamment la médecine, où l’expérience demeure un gage de qualité. Fidèle à sa posture de responsabilité, il a conclu en assumant les choix passés : « Nous avons commis une erreur, et celui qui est bien né doit savoir la corriger sans attendre qu’on la lui rappelle ».
C’est dans cette logique que la Constitution révisée le 14 novembre dernier, et promulguée le mercredi 17 décembre 2025, a supprimé toute limitation du nombre de mandats pour les députés et les élus communaux.
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