Pilier historique du système de soins au Bénin, la médecine traditionnelle demeure aujourd’hui une alternative essentielle pour de nombreuses populations. Entre reconnaissance institutionnelle, défis réglementaires et nécessité de modernisation, cette pratique ancestrale se trouve à la croisée des chemins.
Pratiquée depuis des siècles, la médecine traditionnelle occupe une place centrale dans la culture béninoise. Les tradi-praticiens, dépositaires d’un savoir transmis de génération en génération, recourent aux plantes médicinales et à des techniques endogènes pour prévenir et traiter diverses affections. Dans un contexte où l’accès aux soins modernes reste limité pour une partie de la population, notamment en milieu rural, cette médecine demeure une réponse de proximité et de confiance.
Cependant, malgré son importance sociale et sanitaire, la médecine traditionnelle fait face à de nombreux défis. L’absence d’un contrôle rigoureux de la qualité des produits, la concurrence accrue de la médecine moderne et des produits pharmaceutiques, la disparition progressive de certaines espèces végétales, ainsi que l’érosion des connaissances traditionnelles constituent autant de menaces pour sa pérennité et son efficacité.
Un cadre juridique en construction
Au Bénin, la pratique de la médecine traditionnelle repose sur un socle juridique clair. Le Décret n°2001-036 du 15 février 2001 fixe les principes de déontologie et les conditions d’exercice de la médecine traditionnelle en République du Bénin. Ce texte fondateur a permis l’adoption, en 2002, de la politique nationale de promotion et d’intégration de la pharmacopée et de la médecine traditionnelles dans le système national de santé.
Cette reconnaissance institutionnelle marque une étape décisive vers l’encadrement et la valorisation de la médecine traditionnelle comme complément à la médecine moderne.
Des acteurs engagés à différents niveaux
Plusieurs acteurs interviennent dans l’organisation et la promotion de la médecine traditionnelle au Bénin. Il s’agit notamment : du Ministère de la Santé, chargé de la définition et de la mise en œuvre de la politique sanitaire nationale ;
du Programme National de la Pharmacopée et de la Médecine Traditionnelles (PNPMT), qui œuvre à l’intégration de cette pratique dans le système de santé ;
de l’Association Nationale des Praticiens de la Médecine Traditionnelle du Bénin (ANAPRAMETRAB), porte-voix des tradi-praticiens ;
de la Fédération des Associations Nationales des Acteurs de la Médecine Traditionnelle du Bénin (FANAMETRAB), cadre fédérateur des différentes associations du secteur.
Le rôle clé des structures intermédiaires
D’autres structures techniques et communautaires jouent un rôle stratégique dans l’encadrement de la médecine traditionnelle. Le Centre Béninois de la Recherche Scientifique et Technique (CBRST) contribue à la recherche et à la valorisation scientifique des savoirs endogènes, tandis que la Direction des Pharmacies et du Médicament assure la réglementation et le contrôle des médicaments traditionnels. Les relais communautaires, quant à eux, participent activement à la sensibilisation et à la promotion de bonnes pratiques au sein des communautés.
Des enjeux multiples pour le développement national
La médecine traditionnelle représente un enjeu majeur pour le Bénin. Elle participe à la préservation de la biodiversité, à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, à l’amélioration de la santé publique et à la création d’emplois pour de nombreux acteurs locaux. Bien encadrée, elle peut également contribuer à la réduction de la pauvreté et à la souveraineté sanitaire du pays.
Quelles perspectives pour l’avenir ?
Pour garantir un avenir durable à la médecine traditionnelle béninoise, plusieurs actions s’imposent : renforcer la réglementation et le contrôle de qualité, promouvoir la reconnaissance officielle des praticiens, protéger la biodiversité et les savoirs ancestraux, et améliorer l’accès aux soins pour les populations vulnérables. Une collaboration étroite entre tradi-praticiens, autorités publiques, chercheurs et partenaires du secteur de la santé apparaît plus que jamais indispensable.
À la croisée de la tradition et de la modernité, la médecine traditionnelle béninoise reste un atout précieux, à condition d’être structurée, valorisée et intégrée de manière responsable au système national de santé.
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