La construction du siège national du Conseil économique et social (CES) à Cotonou relance le débat sur la place de Porto-Novo dans l’organisation institutionnelle du Bénin. Alors que la capitale politique peine à s’imposer comme le véritable centre de décision du pays, une question revient avec insistance : le président Romuald Wadagni saura-t-il impulser une nouvelle dynamique en faveur de la ville aux trois noms ?
La question du siège des institutions de la République dépasse largement celle de la localisation de simples bâtiments administratifs. Elle renvoie à la vision que le Bénin entend donner à son organisation territoriale, à l’aménagement de ses villes et à la valorisation effective de sa capitale politique. À ce titre, le projet de construction du siège national du Conseil économique et social à Cotonou interpelle et mérite un débat public.
Porto-Novo, une capitale politique qui attend toujours son heure
Porto-Novo porte le statut de capitale politique du Bénin. Pourtant, dans la réalité quotidienne, Cotonou concentre une grande partie de l’activité administrative, économique et institutionnelle du pays. La concentration des ministères et de nombreux services stratégiques dans la métropole économique renforce cette impression d’une capitale politique reléguée au second plan.
L’annonce de la construction du siège national du CES à Cotonou vient ainsi alimenter les interrogations sur les choix d’implantation des institutions publiques. Pourquoi ne pas saisir l’occasion de renforcer le rôle de Porto-Novo, en y installant davantage de structures nationales, afin de donner un contenu concret à son statut de capitale ?
Il ne s’agit nullement d’opposer les deux principales villes du pays. Cotonou a ses atouts, ses contraintes et ses ambitions légitimes. Mais Porto-Novo a également vocation à bénéficier d’investissements publics structurants, susceptibles de stimuler son économie, de créer des emplois et de renforcer son attractivité.
Jusqu’où ira la concentration des institutions à Cotonou ?
Le cas du CES soulève une interrogation plus large sur l’avenir des autres institutions de la République, notamment la Haute Cour de justice, la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), la Cour des comptes et la Cour constitutionnelle.
Leur organisation et leur implantation doivent-elles continuer à conforter la concentration institutionnelle autour de Cotonou, ou le Bénin peut-il faire le choix d’une répartition plus équilibrée de ses infrastructures publiques ?
Cette interrogation appelle une précision : certaines de ces institutions disposent déjà de leur siège à Cotonou. L’enjeu n’est donc pas de présenter leur installation future dans cette ville comme une décision acquise, mais de questionner une tendance plus générale à la concentration des fonctions stratégiques dans la même agglomération.
Une politique cohérente d’aménagement du territoire devrait pourtant considérer la localisation des institutions comme un levier de développement. Un siège national, ce sont des emplois directs et indirects, des activités économiques, des besoins en logements, des services de proximité et une nouvelle dynamique pour les quartiers environnants.
Romuald Wadagni face à un choix d’aménagement du territoire
Le président Romuald Wadagni peut-il devenir celui qui donnera un nouvel élan à Porto-Novo ? La question mérite d’être posée, tant les attentes autour de la capitale politique restent importantes.
Au-delà des projets d’infrastructures et des discours sur la modernisation du pays, une ambition claire en faveur de Porto-Novo pourrait marquer un tournant. Cela supposerait une politique volontariste visant à y renforcer la présence des institutions nationales, à améliorer les infrastructures urbaines, à faciliter la mobilité et à stimuler les investissements privés.
Une telle orientation ne devrait pas être perçue comme une faveur accordée à Porto-Novo, mais comme une décision stratégique au service de l’équilibre national. Une capitale politique mieux valorisée contribuerait à décongestionner Cotonou, à répartir davantage les opportunités économiques et à renforcer la cohérence de l’organisation territoriale.
Le président de la République dispose-t-il de la volonté politique nécessaire pour ouvrir ce chantier ? Le débat est légitime. Il appelle des décisions concrètes, une vision à long terme et une coordination entre les institutions concernées.
Porto-Novo ne demande pas un privilège, mais une véritable reconnaissance
L’avenir de la capitale politique ne peut dépendre uniquement de la préservation de son titre. Il doit se traduire par des choix publics visibles, des infrastructures de référence et une présence institutionnelle à la hauteur de son statut.
La construction du siège national du CES à Cotonou peut donc être l’occasion d’un débat plus profond sur la répartition des institutions au Bénin. Il ne s’agit pas de remettre en cause les projets de développement de Cotonou, mais de veiller à ce que la croissance du pays profite également à Porto-Novo et aux autres villes.
Romuald Wadagni aura-t-il l’audace d’inscrire la revalorisation de Porto-Novo parmi les priorités de son action ? La capitale politique attend moins des promesses qu’une politique d’aménagement du territoire capable de lui donner toute sa place dans la République.
Car un pays qui se veut moderne doit aussi savoir valoriser sa capitale politique. Et Porto-Novo ne devrait plus avoir à se demander, à chaque nouveau projet institutionnel, si son heure viendra .
DÉCENTRALISATION INSTITUTIONNELLE ET AVENIR DE LA CAPITALE
Siège national du CES à Cotonou : Porto-Novo sacrifiée une fois encore ?
Cet article vous a plu ?
Soyez le premier à commenter cet article