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Supposée reconduction des chefs de quartiers et de villages

Les jeunes militants face au risque de découragement

Les jeunes militants face au risque de découragement

Entre fidélité aux anciens et renouvellement de la base, les partis politiques interpellés.

La perspective d’une éventuelle reconduction de certains chefs de quartiers et de villages suscite déjà des interrogations au sein de plusieurs communautés. Si la continuité de l’expérience peut être défendue, le maintien de responsables installés depuis plus de dix, quinze, vingt, voire vingt-cinq ans pourrait également nourrir un sentiment de frustration chez de nombreux jeunes engagés à la base. Pour ces derniers, le renouvellement des responsabilités locales devrait davantage tenir compte du mérite, de l’engagement et de la capacité à porter une nouvelle dynamique.

Dans les quartiers et villages, la politique ne se résume pas aux grandes déclarations des états-majors. Elle se construit surtout au quotidien, au contact des populations, grâce à des femmes et des hommes qui consacrent du temps, de l’énergie et parfois leurs propres moyens à l’animation de leur communauté et au rayonnement de leurs formations politiques.

Mais aujourd’hui, une question commence à se poser avec insistance : quelle place les partis politiques réservent-ils réellement à cette nouvelle génération de militants qui se bat sur le terrain ?

Des jeunes qui veulent aussi leur chance

Pour beaucoup de jeunes militants, l’enjeu n’est pas nécessairement de remplacer tous les anciens. Ils souhaitent simplement que leur engagement puisse ouvrir des perspectives. Après plusieurs années de mobilisation, d’organisation d’activités, de proximité avec les populations et de participation aux batailles électorales, certains estiment légitime de pouvoir accéder à des responsabilités de proximité.

Or, la perspective d’une reconduction quasi automatique de certains chefs de quartiers ou de villages, dont certains occupent ces fonctions depuis plus d’une décennie, peut être perçue comme un verrouillage.

Dix, quinze, vingt ou même vingt-cinq ans à la tête d’une même entité locale constituent une longévité considérable. Une telle situation peut être justifiée par l’expérience et la confiance des populations lorsqu’elle résulte d’un choix démocratique. Mais lorsqu’elle donne l’impression que les mêmes personnes doivent systématiquement être reconduites, elle risque de provoquer frustration et découragement chez les nouvelles générations.

Le risque de décourager les “braves” de la base

Le véritable danger pour les partis politiques pourrait se situer à ce niveau. Les jeunes militants ne demandent pas seulement à être mobilisés lors des campagnes électorales. Ils souhaitent également être responsabilisés.

À force de voir les postes de proximité rester entre les mains des mêmes responsables pendant plusieurs décennies, certains pourraient finir par se demander à quoi sert leur engagement.

Un militant qui se donne corps et âme pour son parti doit pouvoir espérer qu’un jour son travail, sa loyauté, ses compétences et son engagement seront reconnus.

À défaut, le risque est de voir s’installer progressivement une culture du découragement. Les plus déterminés pourraient se retirer de la vie politique locale, tandis que d’autres pourraient choisir de regarder ailleurs.

Les partis doivent anticiper les frustrations de demain

Cette situation interpelle directement les formations politiques. La consolidation d’une base politique ne peut pas reposer uniquement sur les anciens réseaux. Elle doit également intégrer le renouvellement générationnel.

Les responsables actuels ont donc intérêt à réfléchir à des mécanismes permettant de valoriser l’expérience des anciens tout en ouvrant progressivement la voie aux jeunes compétences.

Il ne s’agit pas d’opposer les générations. Au contraire, les anciens disposent d’une expérience et d’une connaissance du terrain qui peuvent être précieuses. Mais cette expérience pourrait être davantage mise au service de la transmission, du mentorat et de l’accompagnement des nouvelles générations.

Éviter de créer aujourd’hui les problèmes politiques de demain

La question dépasse finalement le simple choix des chefs de quartiers ou de villages. Elle concerne l’avenir même des partis politiques.

Une formation politique qui veut durer doit préparer sa relève. Elle doit permettre à de nouveaux visages d’émerger, de prendre des responsabilités et de faire leurs preuves.

Reconduire les mêmes responsables pendant des décennies peut préserver certains équilibres à court terme, mais risque de créer de profondes frustrations à long terme.

Les jeunes militants de la base constituent le vivier de demain. Les ignorer aujourd’hui, c’est prendre le risque de les perdre demain.

La sagesse politique commanderait donc de trouver un équilibre entre expérience, mérite, représentativité, renouvellement et transmission. Car derrière chaque jeune militant qui se mobilise aujourd’hui se trouve peut-être un futur responsable capable de porter, demain, les ambitions de son parti et de sa communauté.

Le débat est donc posé : faut-il systématiquement reconduire les anciens ou donner davantage de place à une nouvelle génération qui aspire légitimement à servir ?

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