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Vie politique béninoise

Les Démocrates à la croisée des chemins

Les Démocrates à la croisée des chemins

Rejets de dossiers, divisions internes, défections en série… Le parti Les Démocrates traverse une zone de turbulence à l’approche des communales. Pendant que le camp présidentiel parle de « trêve politique », certains y voient déjà une prophétie en marche.

Rien ne va plus chez Les Démocrates. Les difficultés s’accumulent et les nuages s’amoncellent sur la principale force d’opposition béninoise. Après le rejet d’une partie de ses dossiers pour les élections communales, le parti crie au complot et exige un audit complet des pièces déposées à la Commission électorale nationale autonome (CENA). Mais ces protestations répétées masquent mal un malaise plus profond : un manque de stratégie et une désorganisation interne qui fragilisent davantage la formation de Boni Yayi.

À force de dénonciations et de plaintes, certains militants semblent s’essouffler. Dans plusieurs communes, notamment à Sèmè-Podji, d’anciens Démocrates ont déjà rallié le camp de l’Union Progressiste le Renouveau. Une fuite qui en dit long sur le désenchantement grandissant dans les rangs du parti.

Cette crise intervient dans un contexte où le chef de l’État, Patrice Talon, évoque la nécessité d’une « trêve politique » pour favoriser la cohésion nationale. Une expression qui, à la lumière des événements récents, prend des allures de prédiction. Qu’il y ait révision constitutionnelle ou non, le paysage politique tend vers un équilibre largement dominé par la mouvance présidentielle. Depuis son entrée à l’Assemblée nationale, Les Démocrates incarnaient la seule opposition structurée, capable de bloquer des initiatives comme la révision de la Constitution en 2024.

Pour le pouvoir, le développement du Bénin passe par la stabilité et la concertation, loin des affrontements politiques permanents. Une approche que Patrice Talon défend fermement, estimant que « l’opposition frontale est un luxe que seuls les pays développés peuvent se permettre ». À l’inverse, Boni Yayi demeure attaché à une démocratie de confrontation, où le débat reste un garde-fou nécessaire au fonctionnement républicain.

« Les pays développés nous ont vendu une philosophie démocratique qu’ils ne respectent pas eux-mêmes », confie un intellectuel béninois sous couvert d’anonymat. « L’Afrique doit tracer sa propre voie, fondée sur ses valeurs de dialogue et de solidarité, à l’image des nations asiatiques qui se développent en s’appuyant sur leurs traditions. »

Pendant ce temps, la proposition de révision constitutionnelle portée par les députés Aké Natondé et Assan Séibou continue son chemin. Elle prévoit notamment la création d’un Sénat doté de pouvoirs accrus, pour renforcer le contrôle du pouvoir central. Mais, ironie du sort, même sans cette réforme, une trêve politique semble déjà s’installer, naturellement.

Si Les Démocrates venaient à s’affaiblir davantage ou à disparaître, le Bénin risquerait de basculer dans une ère où le pluralisme politique ne serait plus qu’une vitrine. La « trêve » évoquée par Patrice Talon n’aurait alors pas besoin d’être institutionnalisée : elle s’imposerait d’elle-même, conséquence d’un affaissement progressif et d’une opposition en perte de souffle.

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