Pilier discret mais essentiel de l’économie béninoise, l’artisanat traverse une zone de turbulence. Malgré son potentiel de création d’emplois et de transmission de savoir-faire, le secteur peine à attirer de nouveaux apprentis. Entre désintérêt des jeunes, insuffisances de formation et faible valorisation sociale, la pénurie d’apprentis devient un défi majeur pour l’avenir de l’artisanat au Bénin.
Un secteur vital en manque de relève
Deuxième pourvoyeur d’emplois après l’agriculture, l’artisanat béninois est aujourd’hui confronté à une rareté inquiétante de la main-d’œuvre en formation. Dans les ateliers de couture, de menuiserie, de mécanique, de poterie ou encore de sculpture, les maîtres artisans peinent à recruter des jeunes désireux d’apprendre un métier. Une situation paradoxale dans un pays où le chômage et le sous-emploi des jeunes restent préoccupants.
Des causes multiples et profondes
Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie persistante.
D’abord, la faible reconnaissance du statut de l’artisanat. Longtemps assimilé au secteur informel, l’artisanat n’a pas bénéficié, durant des années, de politiques publiques structurantes à la hauteur de son importance économique. Cette marginalisation a contribué à affaiblir son attractivité.
Ensuite, les insuffisances du système de formation professionnelle. Le décalage entre les besoins réels du marché et les offres de formation limite l’efficacité de l’apprentissage. À cela s’ajoutent des difficultés d’accès aux financements, aux marchés et aux technologies modernes pour les entreprises artisanales, freinant leur développement.
Par ailleurs, l’attrait d’autres filières dites plus sécurisantes détourne les jeunes de l’artisanat. Les formations scolaires classiques et certaines filières techniques sont souvent perçues par les familles comme offrant de meilleures garanties d’avenir, au détriment des métiers artisanaux jugés incertains.
La situation est aggravée par une perception sociale négative. L’artisanat est encore trop souvent considéré comme un choix par défaut, réservé aux élèves en échec scolaire, alors qu’il regroupe une diversité de métiers créatifs et porteurs.
Enfin, le déficit de promotion des métiers et des produits artisanaux limite leur visibilité. Faiblement mis en valeur, ces métiers peinent à susciter des vocations auprès des nouvelles générations.
Des conséquences préoccupantes
Cette pénurie d’apprentis n’est pas sans conséquences. Elle entraîne une sous-utilisation du potentiel de la jeunesse, alors même que près de la moitié de la main-d’œuvre jeune pourrait trouver dans l’artisanat une voie d’insertion durable. Plus grave encore, l’absence de relève menace la disparition progressive de savoir-faire traditionnels, pourtant constitutifs de l’identité culturelle béninoise.
Des solutions à portée de main
Face à ce défi, des pistes de solutions existent et appellent à une action urgente et concertée.
Il est essentiel de renforcer et moderniser la formation technique et professionnelle, afin de l’adapter aux réalités du marché et aux évolutions technologiques. L’apprentissage doit être revalorisé et mieux encadré.
L’accès au financement demeure également un levier clé. Faciliter l’obtention de crédits et de ressources pour les artisans permettrait de renforcer la viabilité de leurs entreprises et d’améliorer les conditions d’accueil des apprentis.
Par ailleurs, la modernisation du secteur et l’amélioration de sa gouvernance s’imposent, à travers des politiques publiques de soutien, de structuration et de promotion de l’artisanat.
Enfin, une refonte ambitieuse de la stratégie nationale de développement de l’artisanat est indispensable. La valorisation des métiers, la promotion des produits locaux et l’accompagnement des acteurs, à l’image des initiatives déjà engagées par le gouvernement avec l’appui de partenaires, constituent des leviers essentiels pour redonner à l’artisanat ses lettres de noblesse.
Un enjeu d’avenir
Au-delà d’un simple problème de main-d’œuvre, la pénurie d’apprentis dans l’artisanat interpelle sur le modèle de développement et de valorisation des métiers manuels au Bénin. Relever ce défi, c’est investir dans l’emploi des jeunes, préserver le patrimoine culturel et bâtir une économie plus inclusive et durable.
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