À l’extrême nord du Bénin, dans le département de l’Alibori, se trouve une commune singulière, presque mythique par sa configuration géographique et la richesse de son patrimoine : Karimama. Unique en son genre, cette commune ne dispose que d’une seule voie d’accès et d’une seule sortie. Un particularisme qui renforce son caractère à la fois stratégique et mystérieux. En son cœur s’étend majestueusement le parc national W, l’une des dernières grandes réserves de biosphère encore préservées au monde.
Connue sous le nom de Kalmanman en langue gourmantché ou Karamma en dendi, Karimama tire son appellation du gourmantché et signifie littéralement « le lieu où l’on vit en paix ». Une dénomination qui reflète fidèlement l’esprit de coexistence qui règne dans cette commune. Fondée vers le milieu du XIXe siècle par des Gourmantché venus de l’actuel Burkina Faso, Karimama a ensuite accueilli les Dendi, arrivés après l’éclatement de l’empire Songhaï. Aujourd’hui, ces derniers constituent le groupe majoritaire, aux côtés des Peulh, des Gourmantché et, dans une moindre mesure, des Haoussa, Yoruba, Fon, Bariba et d’autres communautés.
Malgré cette diversité socioculturelle, Karimama se distingue par une cohésion sociale remarquable, portée notamment par l’usage du dendi comme langue commune d’échanges et de communication. Ici, les différences deviennent une richesse et l’harmonie sociale, une identité partagée.
Située à la pointe septentrionale du territoire béninois, Karimama occupe une position géostratégique majeure. Elle constitue une porte d’entrée naturelle vers le Bénin pour les pays de l’hinterland que sont le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Limitée au nord par le fleuve Niger, à l’ouest par le Burkina Faso, à l’est par Malanville, au sud-est par Kandi et au sud-ouest par Banikoara, la commune couvre une vaste superficie de 6 041 km², dont près de cinq sixièmes sont intégrés à la réserve de biosphère du parc W.
Selon les données du RGPH-4 de 2013, Karimama compte 66 353 habitants, répartis dans 37 villages et quartiers de ville organisés autour de cinq arrondissements : Birni-Lafia, Karimama-Centre, Bogo-Bogo, Kompa et Monsey.
Carrefour frontalier par excellence, Karimama est un haut lieu du commerce transfrontalier, mais aussi l’un des plus grands pôles de transhumance et d’élevage du Bénin. Elle abrite d’ailleurs l’un des marchés à bétail les plus importants du pays. À ces activités s’ajoutent la pêche et l’agriculture, favorisées par un réseau hydrographique dense dominé par le fleuve Niger, le Mékrou et l’Alibori.
Mais Karimama ne se résume pas à son dynamisme économique. La commune regorge d’un potentiel touristique et culturel exceptionnel. De l’île aux oiseaux, célèbre pour le spectacle fascinant offert par des espèces rares, à l’embouchure du Mékrou dessinant un “W” – à l’origine du nom du parc –, en passant par le mystérieux site de Tondifoufou et sa grotte secrète réservée aux initiés, le palais du chef traditionnel, l’architecture peulh, les collines de Dangazori et les collines sacrées de Kanza, les sites d’intérêt sont nombreux. À cela s’ajoutent le fleuve Niger et l’immense parc W, véritables trésors écologiques et touristiques.
Cette richesse naturelle s’inscrit pleinement dans la vision de développement portée par le Président Patrice TALON, qui a fait de la promotion du tourisme un pilier stratégique. Karimama bénéficie ainsi d’importantes réalisations du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG) : travaux d’assainissement sur deux kilomètres dans la ville, cantines scolaires dans les écoles, aménagement de 854 hectares de périmètres rizicoles, construction de quatre magasins de stockage d’une capacité globale de 2 500 tonnes, réalisation de cinq aires de séchage pour les coopératives rizicoles, sans oublier les investissements majeurs consacrés à la valorisation du parc W.
Sur le plan culturel, Karimama vibre au rythme de traditions bien vivantes. Le Konkomba, musique et danse locale portée par la jeunesse, occupe une place de choix, tout comme la célèbre troupe folklorique d’Aïssa-Bouti, ambassadrice culturelle de la commune. Les grandes fêtes musulmanes, largement célébrées, côtoient des événements identitaires majeurs tels que le Bounakpambou, moment fort de retrouvailles pour les Gourmantché de Mamassy-Gourma.
Terre de naissance de nombreuses personnalités, dont l’actuel député et ancien ministre des Affaires étrangères Nassirou Arifari Bako, Karimama avance aujourd’hui sous la conduite du maire Soulé Sambo Issoufou, élu en 2020 sous la bannière du Bloc Républicain, à la tête d’un conseil communal de 17 membres.
Enfin, découvrir Karimama, c’est aussi s’initier à ses saveurs. Impossible de quitter la commune sans goûter au dambou, couscous traditionnel à base de maïs, de riz ou de blé, ou sans savourer le commandi, une bouillie locale à base de mil. Autant de plaisirs simples qui parachèvent l’expérience et laissent au visiteur le souvenir d’une terre authentique, hospitalière et profondément enracinée dans la paix.
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