Longtemps considérée comme l’un des produits phares de la pêche artisanale béninoise, la crevette demeure aujourd’hui un levier économique à fort potentiel, encore insuffisamment exploité. Doté d’importantes ressources crevettières, le Bénin dispose d’une capacité de production annuelle estimée à près de 5 000 tonnes, concentrée essentiellement dans les écosystèmes lagunaires et lacustres du sud du pays.
Les lacs Nokoué et Ahémé, de même que la lagune de Porto-Novo, constituent les principaux bassins de pêche crevettière. Dans ces milieux d’eaux douces et saumâtres prospèrent des espèces prisées, notamment du genre Macrobrachium, dont la qualité est reconnue bien au-delà des frontières nationales. Par le passé, la filière a enregistré une production moyenne de 3 500 tonnes par an, réparties entre la pêche continentale (environ 3 000 tonnes) et la pêche maritime (500 tonnes).
Sur le marché local, la crevette béninoise se décline sous plusieurs formes : fraîche, grillée ou frite, répondant aussi bien aux habitudes de consommation nationales qu’aux exigences de certains marchés extérieurs. Les calibres, exprimés en ratios tels que 30/40 ou 20/30, traduisent la taille et la densité des crevettes par kilogramme, un critère déterminant pour la commercialisation et l’exportation.
Toutefois, la filière a connu un coup d’arrêt majeur au début des années 2000. En 2002, un rapport de l’Office alimentaire vétérinaire (OAV) a jugé les crevettes béninoises non conformes aux normes sanitaires internationales, entraînant leur exclusion du marché de l’Union européenne. En réaction, le gouvernement béninois a décidé, le 11 juillet 2003, d’une auto-suspension des exportations vers l’UE. Ce n’est qu’en 2009 que le Bénin a été réadmis sur ce marché exigeant, après d’importants efforts de mise à niveau.
Pour consolider ces acquis et relancer durablement le secteur, les autorités ont engagé plusieurs réformes structurelles. La loi-cadre n°2014-19 du 07 août 2014, relative à la pêche et à l’aquaculture, a permis de poser les bases d’une meilleure gouvernance du secteur. Plus récemment, dans le cadre du Programme d’Action du Gouvernement (PAG) 2021-2026, l’exécutif a initié le Projet de Développement de la Filière Aquaculture, visant à moderniser la production, renforcer les capacités des acteurs et garantir la conformité sanitaire des produits halieutiques.
Aujourd’hui, la dynamique de relance se poursuit avec l’implication d’organisations professionnelles telles que la Fédération nationale des collecteurs et transformateurs de crevettes (FéNaCoTraC), qui œuvre à la structuration de la chaîne de valeur, à l’amélioration des techniques de transformation et à la reconquête des marchés d’exportation.
Avec des ressources naturelles abondantes, un savoir-faire local éprouvé et un cadre institutionnel renforcé, la crevette béninoise s’impose comme une opportunité stratégique pour la diversification de l’économie nationale. Le défi reste désormais de transformer ce potentiel en véritable moteur de croissance, de création d’emplois et de recettes d’exportation durables.
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