Dix ans déjà que le Général s’est éclipsé, laissant derrière lui un héritage politique complexe et inoubliable.
Le 14 octobre 2015, le Bénin perdait l’un de ses hommes les plus marquants : le Général Mathieu Kérékou. Dix ans plus tard, le souvenir de cet officier devenu chef d’État, marxiste puis démocrate, musulman puis pasteur, demeure indissociable de l’histoire du pays. Né le 2 septembre 1933 à Kouarfa dans l’Atacora, il aura façonné le Bénin moderne à coups de paradoxes, de convictions et de mutations spectaculaires.
Un militaire façonné par la discipline et l’audace
Formé dans les écoles militaires du Mali, du Sénégal et de France, Mathieu Kérékou fit ses armes dans l’armée française avant d’intégrer celle du Dahomey, où il gravit les échelons jusqu’au grade de major. Le 26 octobre 1972, il s’empare du pouvoir par un coup d’État sans effusion de sang, mettant fin au régime du Conseil présidentiel. Il fait alors arrêter ses prédécesseurs Sourou Migan Apithy, Hubert Maga et Justin Ahomadégbé.
De la Révolution à la République
Trois ans plus tard, en 1975, il rebaptise le pays République Populaire du Bénin et fonde le Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB). Le régime se réclame du marxisme-léninisme : nationalisations, contrôle politique strict, répression des opposants et isolement diplomatique. Mais le Bénin, miné par la crise économique des années 1980, s’enfonce dans la dette et la désillusion.
Le pari de la démocratie
À la faveur du vent de liberté venu d’Europe de l’Est, Kérékou comprend qu’une mutation s’impose. En 1990, il convoque la Conférence nationale des forces vives, un tournant majeur. Il accepte le multipartisme et la transition démocratique, devenant le premier dirigeant africain à ouvrir pacifiquement la voie à la démocratie. Battu en 1991 par Nicéphore Soglo, il se retire sans heurts avant de revenir triomphalement aux urnes en 1996, puis d’être réélu en 2001.
Un chef d’État respectueux du jeu démocratique
Durant ses deux derniers mandats (1996-2006), Kérékou consolide les institutions et protège la liberté de presse, qui vaut au Bénin une réputation exemplaire en Afrique. Fidèle à la Constitution, il refuse de briguer un troisième mandat, respectant scrupuleusement la limite d’âge et de durée. Pasteur pentecôtiste à la retraite, il prône la tolérance, le pardon et l’humilité, valeurs qui contrastent avec la rigueur du militaire d’autrefois.
Une sortie digne, un héritage contrasté
Affaibli par la maladie, il s’éteint le 14 octobre 2015 à Cotonou, à 82 ans. Son départ met fin à une ère, mais son empreinte reste gravée dans la mémoire collective. Homme aux multiples visages — soldat, révolutionnaire, démocrate, croyant —, le Général Mathieu Kérékou incarne plus que tout autre le destin caméléon du Bénin : celui d’un pays capable de se transformer sans renier son âme.
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